Retour sur la polémique Mesut Ozil...

 Ozil et son poto Erdogan…

Ozil et son poto Erdogan…

Si la Mannschaft n’a pas flambé lors du mondial russe, elle a toutefois réussi à calciner la société allemande. La faute à une polémique imbibée de maladresse, de mauvaise performance, de racisme, le tout enrobée de réaction à la récente politique migratoire d’Angela Merkel. Comme si l’été n’avait pas été assez chaud.

De maladresse tout d’abord car Ozil n’aurait pas dû s’afficher en mai dernier avec Recep Tayyip Erdoğan, président turc allergique à la démocratie depuis 2014. Ajoutons à cela le fait que la Turquie et l’Allemagne se disputent l’organisation de l’Euro 2024 dont la décision finale est attendue le 27 septembre prochain, Ozil s’est lui-même tiré une balle dans le pied donnant des munitions à ses très nombreux détracteurs composés notamment d’anciennes gloires du football allemand et du président de la fédération de football allemande, Reinhard Grindel.

L’immigration turc en Allemagne a débuté dans les années 60. Elle était destinée à pallier le manque de main d’oeuvre qu’a connu le pays lors de sa reconstruction à la suite de la seconde guerre mondiale. Mesut Ozil est le fils de Gulizar et Mustafa Ozil, tous deux originaires du nord-est de la Turquie. Ils débarquèrent dans la Ruhr avec l’espoir d’enrichir leur besace à une époque où trouver un emploi était bien moins compliqué qu’actuellement. Mesut Ozil est né lui du côté de Gelsenkirchen, cité fluviale située non loin de la frontière hollandaise durant l'automne 1988 et fit toute ses classes en Allemagne. Ces 5 dernières années, l’Allemagne a accueilli plus de 1.5 millions réfugiés sur son territoire avec pour slogan « Wir schaffen das » (Nous y arriverons) et fut par ailleurs l’un des seuls Etat européen “refugees friendly”. Merkel essuye aujourd’hui, et jusque dans son propre camp, de vives critiques liées à sa politique migratoire. C’est donc dans un contexte agité que l’Allemagne s’est vautré en Russie.

J’ai deux cœurs : un allemand et un turc (…) Pour moi, faire une photo avec le président Erdogan n’était en aucun cas politique, il s’agissait juste (…) de ne pas manquer de respect aux racines de mes ancêtres. 
— Mesut Ozil

Les déclarations du meneur de jeu allemand sont imprégnées de naïveté et de maladresse. Cette photo prise lors d’un dîner de charité à Londres n’avait aucune portée politique pour Ozil et le cliché aurait pu (du) être vite être oublié si l’Allemagne et son meneur de jeu au pied de velours avait réussi leur mondial. Erdogan s’est habillement servi de cette photo pour séduire les turcs vivant en Allemagne avant les élections législatives anticipées qui se sont déroulées le 24 juin dernier et qui l’a vu triompher. (Le président turc a récolté 65% de voix des turcs vivant en Allemagne lors de cette élection). Si la photo prise avec le président turc a permis d’ouvrir un angle d’attaque à ses détracteurs, la mauvaise performance de la Mannschaft et de son meneur de jeu fut le détonateur d’une controverse dont personne n’aurait pu soupçonner le retentissement.

 Le bon vieux temps…

Le bon vieux temps…

Critiqué par les siens

En faisant cela [la photo], nos joueurs n’ont certainement pas aidé le travail d’intégration de la DFB.
— Reinhard Grindel
Il joue depuis des années comme une merde. Et désormais, il se cache derrière cette photo
— Uli Hoeness
Il aurait fallu envisager de se passer de lui
— Olivier Bierhoff
Avec Özil, j’ai souvent l’impression qu’il ne se sent pas bien sur un terrain dans le maillot de l’équipe nationale. [...] Il aurait bien fait, après l’erreur des photos avec Erdogan, d’affirmer son attachement à l’Allemagne
— Lothar Matthäus

Il est clair qu’Ozil, et ça depuis quelques années, est très loin de son meilleur niveau. Le natif de Gelsenkirchen donne parfois l’impression d’errer sur le terrain et fut d’ailleurs absent lors de la seule victoire allemande au mondial face à la Suède. A côté de ses pompes, il est également en proie à des problèmes familiaux et judiciaire avec son père qui est également son ancien manager, se réclamant mutuellement de l’argent.

Ce qui peut paraître surprenant en l’espèce, ce sont les critiques d’une certaine violence envers le joueur d’Arsenal provenant d’anciens joueurs, et même du manager de l’équipe nationale, Olivier Bierhoff. Étrange propos pour le numéro 2 de la sélection allemande qui a sans doute son mot à dire sur les compositions d’équipes. Mais Ozil fut loin d’être le seul joueur à l’ouest lors du mondial car s’est finalement toute l’équipe qui est passée à côté de son mondial et ne mérite clairement pas de porter seul la responsabilité de l’échec russe. Enfin, Uli Honess, loin d’être un citoyen modèle, puisque le président du Bayer Munich a réalisé 2 ans de prison ferme pour avoir floué le fisc allemand à hauteur de 27 millions d’euros, devrait peut-être se faire discret…

Le départ

Je suis allemand lorsqu’on gagne, mais un immigré quand on perd. Malgré les impôts que je paye à l’Allemagne, les dons que je fais aux écoles allemandes, et la victoire à la Coupe du monde 2014, je ne suis toujours pas accepté dans la société.
— Mesut Ozil
Le traitement que j’ai reçu de la part de la DFB et de beaucoup d’autres ne me donne plus envie de porter le maillot de l’équipe nationale. Je ne me sens plus voulu, et je pense que ce que j’ai achevé depuis mes débuts en 2009 a été oublié
— Mesut Ozil
Si un journal ou des experts trouvent des failles dans mon jeu, je peux l’accepter. Mais ce que je n’accepte pas, c’est que les médias allemands expliquent continuellement que ce soit à cause de mon double héritage et d’une simple photo que toute l’équipe a fait une mauvaise Coupe du monde
— Mesut Ozil

Embrasement national

Quatre ans après sa victoire au Brésil placée sous le signe de la diversité culturelle, l’Allemagne découvre la défaite et ses dommages collatéraux. Si le football soulève des passions parfois disproportionnées, l’analogie entre l’échec de la Mannschaft, Ozil et les problèmes liés à l’immigration l’est tout autant.

Poourtant, Le Der Spiegel parle d’explosion pour décrire la polémique Mesut Ozil car aujourd’hui cette dernière dépasse largement le football depuis que des citoyens allemands issus de l’immigration ont lancé une campagne #MeTwo sur Twitter visant à dénoncer le racisme au quotidien auxquels ils sont confrontés.

tweet3.png
tweet.png

Si des joueurs de la Mannschaft ont récemment affirmé qu’il n’y avait pas de place au racisme au sein de l’équipe nationale, les choses sont quelques peu différentes dans la société allemande. Des études menées récemment par le Centre des Sciences Sociales WZB de Berlin ont démontré que les allemands d’origines turcs et plus largement issus de l’immigration souffraient de discrimination notamment dans l’accès à l’emploi. Plus surprenant, de nombreux individus ayant participé à cette campagne sont pourtant nés sur le sol allemand comme Ozil. Pour autant, leur intégration reste imparfaite malgré les générations qui passent.

L’extrême droite en embuscade

L’Alternative pour l’Allemagne (AFD) figure comme le grand gagnant de cette polémique. Depuis l’accueill des migrants qui a débuté en 2014, l’AFD a effectué des percées dans le paysage politique allemand. Il n’en fallait pas plus pour que l’une des principales têtes de file du jeune parti extrémiste s’engouffre dans la brèche :

Le rêve de l’intégration ne marche pas même pour les millionnaires du football
— Alice Weidel

C’est évidemment un non-sens de signifier qu’Ozil n’est pas intégré à la société allemande à cause de son départ de la Mannschaft. Quatre ans auparavant, Ozil était considéré comme un modèle d’intégration mais une photo et des mauvais résultats auraient tout remis en cause… Mais le mal en Allemagne semble être plus profond. Le 27 août dernier, dans la ville de Chemnitz, des militants d’extrême droite et des désespérés, à la suite de l’assassinat par deux migrants d’un citoyen allemand, ont organisé une chasse aux étrangers lors du recueillement balançant quelques saluts-nazi et défiant la police débordé sur le coup. Une fois de plus le football a dépassé son champ d’application pour ébranler toute une société.

On laissera le mot de la fin à Jurgen Kloop:

La différence est qu’ils incarnent la diversité. Où est le problème ? C’est magnifique. La diversité culturelle, on a tous pensé que c’était super autour de la Coupe du monde 2006 […]. C’est pour ça que je trouve le débat hypocrite. De tristes incidents de ce type arrivent quand les gens ne sont pas informés correctement. 
— Jurgen Kloop

Voila c'est fini...

Voilà quelques semaines que le mondial s’est achevé délaissant les fans de football dans une dépression sombre de quelques semaines seulement, le temps que les championnats nationaux respectifs reprennent leurs droits…

World Football Fields vous propose un petit retour basé sur 3 axes de réflexion : L'organisation du mondial russe, le jeu, et la polémique de l'équipe de France « africaine ».

 Here we were...

Here we were...

Une organisation « sans-faute » 

La Russie aurait placé « la barre très haute » en matière d’organisation selon Fatma Samura, la secrétaire générale de la FIFA. Le quotidien le Monde estime même que le mondial a été un ballon d’oxygène pour la population russe... En réalité, le ballon d’oxygène était surchargé de CO2 et provoqua l’étouffement de la population au moment où Vladimir Poutine augmenta l’âge de départ à la retraite de 8 ans pour les femmes et 5 années pour les hommes dès le premier jour de la Coupe du Monde…

Mais bref, passons et revenons à cette organisation et encore une fois bravo Vladimir pour ce splendide mondial ! Mais au fait, comment peut-on juger si une compétition a été bien organisée ou non ?

 « Je me verrais bien diriger la FIFA »

« Je me verrais bien diriger la FIFA »

Une bonne organisation renvoie principalement à l’absence d’échauffourée et de baston entre supporters et de mouvement sociaux susceptibles de paralyser la compétition. Habituellement, les stades russes et ses alentours sont les théâtres des chants racistes et cris d’animaux et de castagnes entre cervelles brûlées. Tout le monde se rappelle du bordel entre supporters russes et anglais à Marseille durant l’Euro 2016. L’Etat russe a pris soin d’interdire de stade 400 ultras considérés comme dangereux. Surveillés de près et menacés de très grosses sanctions en cas de dérapage (pour rappel : des Pussy Riot ont pris 2 ans de camp pour avoir dénoncé la politique de Poutine dans une église ou l'autel était exclusivement réservé aux hommes), les hooligans russes sont finalement restés chez eux voir même partis en vacances ! Leur retour de vacances est prévu le 28 juillet, date de reprise du championnat russe car oui, les projecteurs ne seront plus braqués vers la Russie et les choses pourront reprendre leurs cours…

Vous l’entendez le bruissement dans vos oreilles…Oui, votre veille oncle a osé prononcer ce que tout le monde pense tout bas au cours du déjeuner dominical d'avant la finale ! « Une bonne dictature ç’est bon pour l’économie et ça file droit ! » Nul doute, le Qatar sera organisé sa coupe du monde d’une main de fer.

La possession n’est plus à la mode

Pour revenir à un sujet purement footballistique, la possession n’est plus à la mode. Avoir la balle mais ne rien en faire, c’est s’exposer à des contres meurtriers. La page « tiki-kaka » barcelonaise et espagnole est définitivement tournée et la défaite de l’Espagne face à la Russie ressemblait bien à une petite mort d’un football qui nous a pourtant tant comblé mais qui s’est petit à petit enlisé dans des redoublements de passes ennuyeuses provoquant que trop peu de situation de but. 

L’équipe de France personnifie ce football basait sur une défense basse voir très basse par moment, aspirant l’équipe adverse pour mieux dégainer un contre meurtrier à la récupération du ballon. La vitesse est l'une des qualités essentielles à ce style de jeu et Kyllian Mbappé représente le joueur parfait pour jouer dans cette configuration. 

Globalement, si certaines sélections nous ont offert un football sympathique (Belgique, Japon, Mexique…), le niveau de jeu fut loin d’être sublime. L’absence de créativité dans les 30 derniers mètres des équipes dominatrices fut flagrante mais on ne saurait en vouloir aux joueurs tant il y a peu de rassemblement des sélections durant l’année. Nous pouvons d’ailleurs nous questionner sur l’avenir des sélections nationales. Car oui, si la coupe du monde créée ou réveille des passions pour le football, l’importance des clubs se fait sentir, car oui, ce sont eux qui rémunèrent les joueurs. Certains clubs réfléchiraient, pour la décennie qui arrive, à créer une ligue mondiale composée des meilleurs clubs de la planète. Objectif : Bâtir une ligue hyper compétitive générant des profits jamais atteint jusque-là qui reléguerait les sélections nationales au second rang.

Polémique : l’équipe de France, « une équipe africaine »

A part si vous vivez sur une autre planète que la Terre ou si vous avez tout simplement coupé avec toute forme de civilisation occidentale ce dernier mois, vous l’aurez sans doute entendu, l’équipe de France serait en réalité une équipe africaine. De Nicolas Maduro à Trevor Noah et même jusqu’à Barack Obama, tous sont revenus sur les origines africaines de certains joueurs français... Il faut l’admettre, c’est usant de revenir sans cesse aux origines des joueurs en 2018.

Pierre Bourdieu expliquait en son temps que les français naturalisés souffraient d’être toujours renvoyés à leurs origines. Et ce fut encore le cas dès le lendemain de la victoire de l’équipe de France. Mais le problème est quelque peu différent car ce sont toujours les personnes d’origines africaines qui sont renvoyées à leur origine en France. Comme l’a récemment expliqué Lilian Thuram, jamais ne sont évoquées les origines portugaises de Griezmann ou espagnole de Lloris…

 Le boss se situe au premier rang au milieu de cette photo...(et porte une veste blanche)

Le boss se situe au premier rang au milieu de cette photo...(et porte une veste blanche)

A défaut de faire un focus sur « la race » des joueurs qui composent cette équipe de France, effectuons plutôt un focus social sur les 23 sélectionnés puisque 20 joueurs de cette équipe sont nés sur le territoire français. Autrement dit, penchons-nous sur les origines sociales des joueurs français qui composent cette équipe de France. 

Cette équipe de France provient majoritairement des zones périphériques françaises plus couramment nommées banlieues, notamment banlieue parisienne (Bondy, Beaumont-sur-Oise, Lagny-sur-Marne…) et petites villes de provinces (Mâcon, Maubeuge, Troyes, Orléans…) Autrement dit, des zones géographiques très rarement mis en avant dans les médias et plus largement dans la société française. Une équipe issue des banlieues et des petites villes françaises arrive donc à provoquer une liesse semblable à celle de la libération. On arrive ici à un paradoxe puisque ces zones périphériques et leurs habitants sont au quotidien écartés, discriminés voir abandonnés. 

Après la France black-blanc-beur trompeur puisque les discriminations et les inégalités sont plus que jamais d'actualités, quel slogan rassembleur allons-nous avoir droit pour la seconde étoile ? 

Au lieu d'évoquer les origines africaines des joueurs de l'équipe de France, il aurait pu être  évoquer des sujets positifs comme le côté polyglotte des joueurs français. Dans un pays où l’apprentissage des langues étrangères est loin d’être un sport national, la majorité des joueurs français parle 2 voire 3 langues. Paul Pogba, auteur d’un superbe mondial parle régulièrement l’italien et l’anglais en plus du français. Banlieusard mais pas condamné à l’échec grâce au football et interrogeons-nous pour terminer sur une chose : Faut-il être un sportif de haut niveau, un artiste talentueux, avoir une intelligence bien au-dessus de la moyenne pour avoir l’opportunité de quitter sa banlieue natale ou sa petite ville de province ? Quid des gens qui ne possèdent pas de talent démesuré et qui sont tout simplement "normal" ? Tout le monde n’est pas footballeur professionnel…


N'hésitez pas à vous rendre sur l'album photos de World Football Fields. 

Vous avez une/des photo(s) de terrain de football incroyables(s) ? Faites-les nous parvenir et racontez-nous l'histoire de cette photo comme d'autres l'ont fait

Pourquoi le football a besoin d’entraîneur comme Marcelo Bielsa ?

Ode à Marcelo Bielsa qui ne cesse de rehausser le football, de retour le plus longtemps possible nous l’espérons, du coté de Leeds United.

Le football tend à devenir un simple marché. Les joueurs vont et viennent d’un club à l’autre sans véritable attache. L’objectif premier est de réaliser la meilleure carrière possible pour empocher un maximum d’argent afin de mettre à l’abri sa famille, son entourage et si possible les générations futures. Des fonds d’investissements possèdent des clubs mais également des joueurs (Carlos Tevez). Eduardo Galeano n’avait pas peur d’employer le terme « d’esclave moderne » pour évoquer les footballeurs actuels. Selon l’auteur uruguayen, les footballeurs sont des millionnaires qui ne possèdent aucun moyen d’expression, se doivent de courir et être présent aux évènements promotionnels dans le but de valoriser leur club qui sont aujourd’hui des marques. Les supporters sont les derniers passionnés concevant leur club comme une entité différente d’une simple entreprise mais certains entraineurs font également de la résistance.

 Marcelo & Gabi

Marcelo & Gabi

Marcelo Bielsa fait partie de ces entraîneurs passionnés au sens grec du terme. Son amour pour le football est tel qu’il se transforme en souffrance lors des soirs de défaite. Son investissement au quotidien est total, du matin au soir depuis 50 ans qui le fait passer pour fou. Mais « el profe » Bielsa est-il réellement fou ?

« Je suis un entraîneur qui dans l’ensemble n’a pas eu de succès »

Il existe une similitude dans les parcours de Marcelo Bielsa : l’entraineur argentin gagne peu. Il l’a lui-même récemment évoqué lors d’une conférence au Brésil « Je suis un entraineur qui dans l’ensemble n’a pas eu de succès ». L’argument numéro 1 des « anti-bielsa » repose là-dessus. « Il n’a jamais rien gagné ». Mais est-il primordial de gagner des titres ? Peut-on juger un entraineur uniquement sur son palmarès ? Si certains entraineurs ne jurent que par les trophées, il serait réducteur de résumer une carrière en comptabilisant seulement le nombre de titre obtenu. Tout d’abord, il n’existe finalement que peu de compétition et donc peu de possibilité de gagner. Un championnat dure des mois et une seule équipe peu le remporter. Le plus souvent, les budgets font le classement. Ne serait-il pas plus intéressant de se pencher sur le comportement d’une équipe ? Comment attaque-t-elle ? Comment défend-elle ? Les supporters se souviendront-ils de cette équipe ou au contraire est-elle ennuyante et quelconque ? Une chose est certaine, les équipes de Marcelo Bielsa ont toujours eu une forte personnalité.

Bielsa, le dogmatique

Bielsa est toujours resté fidèle à sa philosophie de jeu peu importe les circonstances auxquelles ses joueurs étaient confrontés. Ses équipes se sont toujours présentées avec la volonté de jouer de la 1ère à la dernière minute peu importe le score. Tout le monde attaque, tout le monde défend. Parfois déséquilibrées, ses équipes sont finalement à son image : passionnées.

Mais quel supporter pourrait dire qu’il n’a pas apprécié vivre une saison avec Bielsa ? A Newell’s, le stade porte aujourd’hui son nom. A l’Atlas, Bielsa prend les rênes du centre de formation et de l’équipe première. Si son équipe ne se qualifie pas pour « la Liguilla » lors de la première saison, il détecte des joueurs comme Rafael Marquez qui deviendront des légendes avant de signer à l’América, l’un des clubs historiques du championnat mexicain. Un an plus tard à Velez, Bielsa remporte lors de sa seule saison le championnat argentin. Avec la sélection argentine, si son équipe n’a pu sortir des poules lors de la coupe du monde en Corée du Sud, les joueurs l’ont plus qu’appréciés et les hinchas ont récemment souhaité son retour après le départ de Martino en 2016 sans oublier le titre olympique en 2004 avec les – 21 ans argentin. Au Chili, Bielsa a emmené la sélection nationale à la coupe du monde en Afrique du Sud après 12 ans d’absence (Voir le formidable documentaire Ojos Rojos sur le parcours qualificatif pour la coupe du monde 2010 du Chili) et l’équipe nationale continua de briller même après son départ. Au Chili, de nombreux observateurs parlent de l’héritage qu’a laissé Bielsa et beaucoup sont d’accord pour dire qu’il a révolutionné et redonner confiance au football chilien. A Bilbao, son équipe alterna le bon et le moins bon mais il hissa l'Athletic en finale de Coupe du Roi et d’Europa League en offrant des matchs mythiques contre le FC Barcelone de Guardiola et Manchester United. A Marseille, Bielsa a raté la Champions League de peu après avoir été leader pendant longtemps mais en offrant du spectacle et en remplissant le Vélodrome comme jamais il l’a été depuis.

 Marcelo & el profe Bonini

Marcelo & el profe Bonini

Et le LOSC ?

De nombreux observateurs estiment que son expérience au LOSC démontre l’imposture Bielsa. Souvenons-nous du premier match de Bielsa avec le LOSC. Son équipe a proposé un jeu énergique, parfois bordelique mais plus qu’agréable à voir jouer. Score final 3-0 face au Nantes de Ranieri et à l’unanimité, le LOSC luttera pour l’Europe quant à Nantes, malgré un très bon coach, le club n’a pas l’effectif pour espérer autre chose que le maintien. Quelques mois plus tard, le LOSC lutta toute la saison pour ne pas descendre en Ligue 2 et Nantes batailla pour se hisser en Coupe d’Europe. Curieux dénouement. Tout semblait pourtant huiler à la perfection au LOSC. Gerard Lopez achète des jeunes joueurs prometteurs supervisés par Campos, entraînés par Bielsa et vendus par la suite dans l’optique de rapporter une importante plus-value. Tout cela orchestré par l’ancien vice-président du FC Barcelone : Marc Ingla. Bref, le business model du LOSC semblait parfait. Malheureusement, le LOSC connu une saison en enfer et Bielsa figure comme le principal responsable de cet échec malgré le fait qu'il ne soit resté que 13 petites journées à la tête du LOSC. Loin d’être géniale, son équipe proposait tout de même des choses intéressantes et commençait à avoir quelques résultats. Si Bielsa possède une personnalité différente du commun des mortels, excessive et difficile à gérer par moment, nul doute que lui seul ne doit porter la responsabilité de cet échec. Comme le disait l’ancien meneur de jeu français Johan Micoud : « Avec Bielsa au moins, les gens s’intéressaient au LOSC ». 

Bielsa, l’exigence et les médias

Bielsa a un rapport particulier avec les médias et la presse. Selon lui, les médias « pervertissent les êtres humains dans la victoire ou la défaite ». Traduction : La presse est là pour vous décrire plus beau que vous êtes dans la victoire et inversement dans la défaite. Bielsa ne supporte pas la médiocrité et les questions qui s’éloignent du football ne l’intéresse guère.

Mais la presse a également un rapport particulier avec Bielsa : alors sélectionneur de l’Argentine, Bielsa décida de ne plus répondre aux interviews individuelles des journalistes, ne pouvant satisfaire toutes les demandes. Il était également désabusé des questions qui portaient plus sur des rumeurs que sur le jeu en lui-même. De nombreux journalistes estiment que sa position vis-à-vis des médias est prétentieuse et dénuée de sens. Difficile pour la majorité des journalistes de comprendre que Bielsa est une personne exigeante. Exigeante avec ses joueurs, avec la presse mais surtout avec lui-même. L’entraîneur argentin place le curseur de l’exigence tellement haut que certains ne peuvent le suivre ni le comprendre. La grande majorité des joueurs entraînés par Bielsa ont par la suite expliqué qu’ils avaient connus la saison la plus intense de leur carrière sur le plan physique mais qu'ils avaient dans le même temps progressés comme jamais et parfois même compris leur métier.

L’arbitrage

L’une des spécificités de Bielsa est son rapport à l’arbitrage. Jamais Bielsa ne s’est permis de critiquer publiquement une décision arbitrale ou s'est dédouané de ses responsabilités le soir d'une défaite à cause d'un arbitre. Ce comportement vis-à-vis des hommes en noir est plus qu’appréciable tant les entraîneurs et responsables de club maintiennent une pression exécrable sur les arbitres et semblent parfois perdre leur lucidité.

Esthétisme ou Efficacité

Marcelo Bielsa nous renvoie à l’éternel débat : Faut-il privilégier l’esthétisme ou l’efficacité ? Autrement dit, faut-il gagner en pratiquant un football laid ou perdre en proposant un football inspirant ? Evidemment, l’idéal est de gagner en offrant un football de qualité mais l’esthétisme n’est pas un gage d’efficacité. Bielsa nous apprend qu'en football, le plus important est d’avoir un esprit en tête : marquer quand vous avez la balle et récupérer la balle le plus rapidement possible quand vous ne l’avez plus. Les équipes de Bielsa ne savent proposer autre chose que du jeu peu importe si elles sont menées ou si elles mènent. Dans un football de plus en plus aseptisé et ennuyant, Bielsa nous offre un football rafraîchissant, spectaculaire mais malheureusement de plus en plus rare. Pour cela merci Monsieur Bielsa.

 Si il y a une faute d'orthographe dans cet article...

Si il y a une faute d'orthographe dans cet article...

PS : Merci de nous faire découvrir la Championship !


N'hésitez pas à vous rendre sur l'album photos de World Football Fields. 

Vous avez une/des photo(s) de terrain de football incroyables(s) ? Faites-les nous parvenir et racontez-nous l'histoire de cette photo comme d'autres l'ont fait

Tu vas nous manquer, Don Andrés

Un joueur s’en va et toute une génération est dépeuplée. Et vous imaginez bien qu’il va beaucoup nous manquer, Don Andrés.

Je me rappelle avoir débattu sur le fait que le football était un art à part entière et la première personne qui me venait à l’esprit était Iniesta. Quand je songe au FC Barcelone, ce n’est pas Messi, Suarez ou Piqué qui ressort en premier mais bien Iniesta.

Iniesta n’est pas particulièrement costaud, est de taille modeste, doté d’un visage pâle et pas vraiment gâté capillairement parlant. Il ne sort pas de l’ordinaire et pourrait être votre collègue de boulot ou votre voisin d’amphi. Il se dit même qu’à ses débuts à la Masia, le petit Iniesta pleurait du fait de la distance avec ses parents restés du côté de Fuentealbilla (Castilla-La Mancha). Vous quand vous partez en colo durant deux semaines loin de votre maman.

Mais sur le terrain, Iniesta ne ressemble à personne ou plutôt, personne ne ressemble à Iniesta. Une technique léchée, des passes que lui seul entrevoit, des doubles contacts utiles et des buts inoubliables.

Doté d’une personnalité simple et d’un sens du collectif comme on en fait plus, d’une créativité infinie, capable de trouver des solutions dans les espaces les plus réduits et d’une intelligence footballistique bien supérieur à la moyenne, Iniesta nous a comblé durant des années et le voir partir nous rend obligatoirement nostalgique. Quand verrons-nous de nouveau un Iniesta ? Peut-être jamais.

iniesta_vin.jpg

En dehors du terrain, Iniesta s’occupe dans ses vignes. Sans aucun doute, il va prochainement nous proposer un pinard de qualité. Mieux vaut cultiver son jardin disait-il. Iniesta a parfaitement compris l’adage. Mais don Andrès a vraisemblablement deux jardins.

¡ Que te vaya bien don Andrès !


Vous souhaitez contribuer à World Football Fields ? Ecrivez-nous (worldfootballfields@gmail.com)

We will miss you, Don Andrés !

Sometimes, only one footballer misses and a whole generation seems depopulated. And I am sure you can imagine how much we will miss Don Andrés.

I remember arguing that football is a full-fledged art and Iniesta is the first example coming to my mind. When I think about the FC Barcelona, I think about Iniesta, not Suarez nor Messi.

Iniesta is not particularly robust, he is small, with a pale face and has a few hair he can count on. He is an average person, you co-worker or your classmate. Rumour has it that, in the beginning, he did not really put up with the distance separating him from his parents in Fuentealbilla (Castilla-La-Mancha region); looks like you when you’re away from your mum in a two-week summer camp.

However, in the football field, Iniesta doesn’t look like anybody else or, to be more specific, nobody looks like Iniesta. He has a meticulous technique, he makes passes he is the only one to have a glimmering of, useful double cut moves and unforgettable goals.

He is a simple and quiet man gifted with a high team spirit. His creativity is infinite. Able to find solutions in the most reduced spaces, he understands football like no one else does. Iniesta showered us with joy for many years and to see him live overwhelms us with a feeling of nostalgia. When are we to see someone like him again? It may never happen.

iniesta_vin.jpg

When he is not in the field, he takes cares of his vineyards. One day soon, he is likely to offer us a bonafide wine. He once stated: “It is better to cultivate our garden”. Something tell us he got it right. Either playing in the fields or cultivating them, Don Andrés knows how to handle it all.

¡ Que te vaya bien Don Andrés !


Want to contribute to World Football Fields ? Write us ! (worldfootballfields@gmail.com)