Pourquoi le football a besoin d’entraîneur comme Marcelo Bielsa ?

Ode à Marcelo Bielsa qui ne cesse de rehausser le football, de retour le plus longtemps possible nous l’espérons, du coté de Leeds United.

Le football tend à devenir un simple marché. Les joueurs vont et viennent d’un club à l’autre sans véritable attache. L’objectif premier est de réaliser la meilleure carrière possible pour empocher un maximum d’argent afin de mettre à l’abri sa famille, son entourage et si possible les générations futures. Des fonds d’investissements possèdent des clubs mais également des joueurs (Carlos Tevez). Eduardo Galeano n’avait pas peur d’employer le terme « d’esclave moderne » pour évoquer les footballeurs actuels. Selon l’auteur uruguayen, les footballeurs sont des millionnaires qui ne possèdent aucun moyen d’expression, se doivent de courir et être présent aux évènements promotionnels dans le but de valoriser leur club qui sont aujourd’hui des marques. Les supporters sont les derniers passionnés concevant leur club comme une entité différente d’une simple entreprise mais certains entraineurs font également de la résistance.

Marcelo & Gabi

Marcelo & Gabi

Marcelo Bielsa fait partie de ces entraîneurs passionnés au sens grec du terme. Son amour pour le football est tel qu’il se transforme en souffrance lors des soirs de défaite. Son investissement au quotidien est total, du matin au soir depuis 50 ans qui le fait passer pour fou. Mais « el profe » Bielsa est-il réellement fou ?

« Je suis un entraîneur qui dans l’ensemble n’a pas eu de succès »

Il existe une similitude dans les parcours de Marcelo Bielsa : l’entraineur argentin gagne peu. Il l’a lui-même récemment évoqué lors d’une conférence au Brésil « Je suis un entraineur qui dans l’ensemble n’a pas eu de succès ». L’argument numéro 1 des « anti-bielsa » repose là-dessus. « Il n’a jamais rien gagné ». Mais est-il primordial de gagner des titres ? Peut-on juger un entraineur uniquement sur son palmarès ? Si certains entraineurs ne jurent que par les trophées, il serait réducteur de résumer une carrière en comptabilisant seulement le nombre de titre obtenu. Tout d’abord, il n’existe finalement que peu de compétition et donc peu de possibilité de gagner. Un championnat dure des mois et une seule équipe peu le remporter. Le plus souvent, les budgets font le classement. Ne serait-il pas plus intéressant de se pencher sur le comportement d’une équipe ? Comment attaque-t-elle ? Comment défend-elle ? Les supporters se souviendront-ils de cette équipe ou au contraire est-elle ennuyante et quelconque ? Une chose est certaine, les équipes de Marcelo Bielsa ont toujours eu une forte personnalité.

Bielsa, le dogmatique

Bielsa est toujours resté fidèle à sa philosophie de jeu peu importe les circonstances auxquelles ses joueurs étaient confrontés. Ses équipes se sont toujours présentées avec la volonté de jouer de la 1ère à la dernière minute peu importe le score. Tout le monde attaque, tout le monde défend. Parfois déséquilibrées, ses équipes sont finalement à son image : passionnées.

Mais quel supporter pourrait dire qu’il n’a pas apprécié vivre une saison avec Bielsa ? A Newell’s, le stade porte aujourd’hui son nom. A l’Atlas, Bielsa prend les rênes du centre de formation et de l’équipe première. Si son équipe ne se qualifie pas pour « la Liguilla » lors de la première saison, il détecte des joueurs comme Rafael Marquez qui deviendront des légendes avant de signer à l’América, l’un des clubs historiques du championnat mexicain. Un an plus tard à Velez, Bielsa remporte lors de sa seule saison le championnat argentin. Avec la sélection argentine, si son équipe n’a pu sortir des poules lors de la coupe du monde en Corée du Sud, les joueurs l’ont plus qu’appréciés et les hinchas ont récemment souhaité son retour après le départ de Martino en 2016 sans oublier le titre olympique en 2004 avec les – 21 ans argentin. Au Chili, Bielsa a emmené la sélection nationale à la coupe du monde en Afrique du Sud après 12 ans d’absence (Voir le formidable documentaire Ojos Rojos sur le parcours qualificatif pour la coupe du monde 2010 du Chili) et l’équipe nationale continua de briller même après son départ. Au Chili, de nombreux observateurs parlent de l’héritage qu’a laissé Bielsa et beaucoup sont d’accord pour dire qu’il a révolutionné et redonner confiance au football chilien. A Bilbao, son équipe alterna le bon et le moins bon mais il hissa l'Athletic en finale de Coupe du Roi et d’Europa League en offrant des matchs mythiques contre le FC Barcelone de Guardiola et Manchester United. A Marseille, Bielsa a raté la Champions League de peu après avoir été leader pendant longtemps mais en offrant du spectacle et en remplissant le Vélodrome comme jamais il l’a été depuis.

Marcelo & el profe Bonini

Marcelo & el profe Bonini

Et le LOSC ?

De nombreux observateurs estiment que son expérience au LOSC démontre l’imposture Bielsa. Souvenons-nous du premier match de Bielsa avec le LOSC. Son équipe a proposé un jeu énergique, parfois bordelique mais plus qu’agréable à voir jouer. Score final 3-0 face au Nantes de Ranieri et à l’unanimité, le LOSC luttera pour l’Europe quant à Nantes, malgré un très bon coach, le club n’a pas l’effectif pour espérer autre chose que le maintien. Quelques mois plus tard, le LOSC lutta toute la saison pour ne pas descendre en Ligue 2 et Nantes batailla pour se hisser en Coupe d’Europe. Curieux dénouement. Tout semblait pourtant huiler à la perfection au LOSC. Gerard Lopez achète des jeunes joueurs prometteurs supervisés par Campos, entraînés par Bielsa et vendus par la suite dans l’optique de rapporter une importante plus-value. Tout cela orchestré par l’ancien vice-président du FC Barcelone : Marc Ingla. Bref, le business model du LOSC semblait parfait. Malheureusement, le LOSC connu une saison en enfer et Bielsa figure comme le principal responsable de cet échec malgré le fait qu'il ne soit resté que 13 petites journées à la tête du LOSC. Loin d’être géniale, son équipe proposait tout de même des choses intéressantes et commençait à avoir quelques résultats. Si Bielsa possède une personnalité différente du commun des mortels, excessive et difficile à gérer par moment, nul doute que lui seul ne doit porter la responsabilité de cet échec. Comme le disait l’ancien meneur de jeu français Johan Micoud : « Avec Bielsa au moins, les gens s’intéressaient au LOSC ». 

Bielsa, l’exigence et les médias

Bielsa a un rapport particulier avec les médias et la presse. Selon lui, les médias « pervertissent les êtres humains dans la victoire ou la défaite ». Traduction : La presse est là pour vous décrire plus beau que vous êtes dans la victoire et inversement dans la défaite. Bielsa ne supporte pas la médiocrité et les questions qui s’éloignent du football ne l’intéresse guère.

Mais la presse a également un rapport particulier avec Bielsa : alors sélectionneur de l’Argentine, Bielsa décida de ne plus répondre aux interviews individuelles des journalistes, ne pouvant satisfaire toutes les demandes. Il était également désabusé des questions qui portaient plus sur des rumeurs que sur le jeu en lui-même. De nombreux journalistes estiment que sa position vis-à-vis des médias est prétentieuse et dénuée de sens. Difficile pour la majorité des journalistes de comprendre que Bielsa est une personne exigeante. Exigeante avec ses joueurs, avec la presse mais surtout avec lui-même. L’entraîneur argentin place le curseur de l’exigence tellement haut que certains ne peuvent le suivre ni le comprendre. La grande majorité des joueurs entraînés par Bielsa ont par la suite expliqué qu’ils avaient connus la saison la plus intense de leur carrière sur le plan physique mais qu'ils avaient dans le même temps progressés comme jamais et parfois même compris leur métier.

L’arbitrage

L’une des spécificités de Bielsa est son rapport à l’arbitrage. Jamais Bielsa ne s’est permis de critiquer publiquement une décision arbitrale ou s'est dédouané de ses responsabilités le soir d'une défaite à cause d'un arbitre. Ce comportement vis-à-vis des hommes en noir est plus qu’appréciable tant les entraîneurs et responsables de club maintiennent une pression exécrable sur les arbitres et semblent parfois perdre leur lucidité.

Esthétisme ou Efficacité

Marcelo Bielsa nous renvoie à l’éternel débat : Faut-il privilégier l’esthétisme ou l’efficacité ? Autrement dit, faut-il gagner en pratiquant un football laid ou perdre en proposant un football inspirant ? Evidemment, l’idéal est de gagner en offrant un football de qualité mais l’esthétisme n’est pas un gage d’efficacité. Bielsa nous apprend qu'en football, le plus important est d’avoir un esprit en tête : marquer quand vous avez la balle et récupérer la balle le plus rapidement possible quand vous ne l’avez plus. Les équipes de Bielsa ne savent proposer autre chose que du jeu peu importe si elles sont menées ou si elles mènent. Dans un football de plus en plus aseptisé et ennuyant, Bielsa nous offre un football rafraîchissant, spectaculaire mais malheureusement de plus en plus rare. Pour cela merci Monsieur Bielsa.

Si il y a une faute d'orthographe dans cet article...

Si il y a une faute d'orthographe dans cet article...

PS : Merci de nous faire découvrir la Championship !


N'hésitez pas à vous rendre sur l'album photos de World Football Fields. 

Vous avez une/des photo(s) de terrain de football incroyables(s) ? Faites-les nous parvenir et racontez-nous l'histoire de cette photo comme d'autres l'ont fait